
Du 2 au 10 juin prochain se tient la Semaine Bio. L'occasion pour nous de voir comment évolue le secteur, quels dangers le guettent, quelles sont les perspectives?
En Belgique, le bio est avant tout wallon. Quelques chiffres suffisent à en attester : de 2009 à 2010, plus de 100 producteurs wallons ont rejoint la filière bio (+ 13,5 %). Depuis 2003, le nombre d'agriculteurs bio y a doublé pour atteindre 884 exploitations. La superficie des cultures wallonnes sous contrôle bio augmente encore plus spectaculairement, puisqu'elle a doublé en 5 ans à peine ! La Wallonie, riche en grands espaces verts, a gagné plus de 7000 hectares en 2010, pour une progression de 163 ha au Nord du pays. La Flandre dispose d'une surface agricole limitée et privilégie par tradition une productivité maximale, peu compatible avec l'esprit bio. Elle ne connaît donc pas une progression aussi forte, loin de là.
Les superficies augmentent, l'offre aussi. Certains secteurs dominent clairement les ventes : « Les produits de soin, les compléments alimentaires et les cosmétiques se vendent autant, voire plus que l'alimentation », précise Anne-Marie Darche, dont le magasin Le Romarin est une institution à Charleroi. « C'est d'ailleurs dans ces produits que l'offre s'élargit le plus ».
Il n'empêche, le sésame pour découvrir le bio reste encore le légume frais, naturel et sain. « Souvent de jeunes couples commencent à manger bio avec l'arrivée d'un enfant. Certains viennent d'abord acheter une carotte, un navet et une pomme de terre, juste pour le repas du petit. Puis, progressivement, ils y viennent aussi », souligne Michel Pâque de la Ferme à l'Arbre à Lantin. Classiquement, les meilleures ventes en frais sont : les légumes, les fruits, les produits laitiers, le pain et les œufs. On note une forte progression désormais de la viande et de la charcuterie.
En 2010, neuf Belges sur dix ont acheté au moins un produit bio. Tous les profils se croisent dans les magasins bio, avec une hausse sensible des jeunes adultes. Le montant moyen dépensé par an et par personne grimpe chaque année (+ 13 % en 2010) pour atteindre 38,20 euros. Les motivations d'achat peuvent être diverses (gustatives, qualitatives, sanitaires...) mais les professionnels voient un point commun à tous les acheteurs : «Ce sont des gens qui font rimer réflexion avec consommation», résume Michel Pâque. «Ils sont de plus en plus informés, posent beaucoup de questions», renchérit Anne-Marie Darche.
Le rôle des grandes surfaces
Comme les autres propriétaires de magasin bio, Anne-Marie Darche participe à l'écoulement d'un produit alimentaire biologique sur trois, soit deux fois moins que la grande distribution : avec 61,5 %, sans aucun contact direct avec les agriculteurs (à peine 5 %), cette dernière est le plus gros vendeur de bio du pays.
C'est ce qui inquiète le secteur, qui craint que l'industrie agro-alimentaire, la grande distribution, mais aussi la restauration de collectivité ne fassent tomber le bio dans une vision à court terme, rognant sur la qualité pour produire plus, à moindre coût. «C'est inacceptable, mais je ne suis pas certaine que nous soyons armés pour faire face aux gros lobbys», s'inquiète Anne-Marie Darche. Une préoccupation partagée par l'agriculteur de Lantin, qui se veut toutefois rassurant: «La grande surface ne fera pas ce qu'on fait, privilégier la production locale, engager du personnel dans les rayons pour expliquer le produit. Notre différence se trouve là, et dans la variété de l'offre dans nos magasins ».
Les achats collectifs
Pour compléter cette photographie du secteur, une récente étude de Bioforum (organisme chargé de la coordination et de la promotion des filières bio), montre que la moitié des agriculteurs commercialisent une partie de la production en vente directe (magasin, marché, Internet), alliant ainsi maîtrise de la rentabilité et maintien du contact direct avec le client, très demandeur d'achats locaux. La seconde filière importante de distribution, c'est la vente en gros, auprès des laiteries, marchands de bétail et dans l'agro-industrie.
Quant à l'approvisionnement de groupements d'achats communs (GAC), il est en progression constante. En 2004, il y avait 17 GAC en Wallonie, on en compte une bonne centaine aujourd'hui et une trentaine à Bruxelles. Les uns trouvent là un débouché assuré, les autres une garantie sur la qualité et l'origine des produits achetés.
De plus en plus de producteurs, bénéficiant de réseaux toujours plus étendus de magasins, petits et grands, de groupements d'achats pour toucher des clients désormais bien informés, dans une société où la qualité de ce qu'on consomme redevient progressivement une valeur... le bio semble avoir de belles années devant lui, et quelques défis aussi.